Euro numérique : définition, calendrier, fonctionnement, risques…

Euro numérique : définition, calendrier, fonctionnement, risques… La banque centrale européenne travaille à un projet de monnaie numérique dont le but sera de compléter la monnaie fiduciaire physique.

L'euro numérique est un projet mené par la Banque centrale européenne (BCE). Il s'agit d'une "monnaie digitale de banque centrale" (MDBC), aussi connue sous le nom de "central bank digital currency" (CBDC) en anglais. Cet euro numérique aura pour but de compléter la monnaie physique (billets, pièces) et sera contrôlé et émis par la BCE. Il disposera des mêmes fonctions que la monnaie traditionnelle : moyen de paiement, unité de compte et réserve de valeur.

Pourquoi faire ?

Si l'euro numérique semble similaire à l'euro classique, c'est avant tout son support et sa forme qui motivent Francfort. Prévu de longue date, sa pertinence a été remise au goût du jour depuis la crise sanitaire liée au covid-19 : utilisation massive du paiement en ligne, des transactions par carte bancaire et explosion du cours des cryptomonnaies.

La création d'un euro numérique a également été envisagée pour faire face aux géants de la tech qui souhaitent investir le secteur de la monnaie, fonction régalienne et stratégique des Etats. Le Diem initié par Facebook (ex-Libra) fait partie des projets en ligne de mire des institutions européennes. Ce stablecoin adossé à des devises traditionnelles tel que le dollar a suscité le rejet de la BCE. 

Quel calendrier ?

En novembre 2020, la BCE a lancé une grande consultation publique en ligne pour connaître les enjeux qui serviront de critères à l'euro numérique. Le 14 avril 2021, les résultats de cette enquête ont mis en évidence les principales préoccupations des Européens. En premier lieu, la protection de la vie privée (43%), la sécurité (18%), la compatibilité du paiement dans toute la zone euro (11%), la gratuité du service (9%) et la possibilité de payer sans connexion à Internet (8%).

Le 14 juillet 2021, la BCE a donné le coup de départ de la première phase expérimentale de l'euro numérique pour une durée de deux ans. Le but de cette étape est de comprendre quels usages pourront être faits de cette monnaie dématérialisée, les besoins, les risques et la manière de répondre aux principales préoccupations émises lors de la consultation publique. Les résultats de cette étape ne seront pas irrémédiables sur l'avenir de l'euro numérique. "L'ouverture de la nouvelle phase ne préjuge d'aucune décision future concernant l'éventuelle émission d'un euro numérique", assure la BCE dans un communiqué de presse, mais l'issue apportera un éclairage majeur sur ses contours. L'été 2023 sera donc la prochaine étape à ne pas manquer pour connaître l'avenir et l'enthousiasme de la BCE dans son nouveau projet.

La date la plus lointaine à retenir est 2026. C'est l'horizon que se donne la BCE pour la mise en circulation de la devise numérique européenne. Un calendrier très large qui ne plaît pas à tous les Etats membres de l'Union européenne, en particulier l'Allemagne qui aimerait avancer plus vite sur ce dossier.

Quel fonctionnement ?

La phase d'investigation lancée par la BCE le 14 juillet 2021 devra apporter des réponses sur la manière dont fonctionnera l'euro numérique. En particulier, la question se pose concernant la technologie qui servira de base à la devise virtuelle. L'euro numérique pourrait fonctionner grâce à une blockchain de la même manière que les cryptomonnaies : celles-ci ont pour avantage d'être déjà éprouvées, sécurisées et transparentes sur les transactions. Par ailleurs, les blockchains permettent l'exécution de smart contracts, ou contrats intelligents en français, pour certains usages nécessitant des automatisations. Par exemple les prélèvements automatiques. Mais il n'est pas établi à l'avance que l'option blockchain soit retenue.

Par ailleurs, la BCE ne ferme pas la porte à des imbrications entre les différents systèmes : "Des architectures combinant des éléments centralisés et décentralisés sont possibles". Reste à voir ce qui, techniquement, permettra le bon fonctionnement de l'euro numérique et le respect du cahier des charges induit par la consultation de l'automne 2020, notamment le respect de la vie privée et la sécurité.

Quel cours ?

Le projet d'euro numérique est toujours à l'état embryonnaire et les expérimentations doivent se poursuivre pour en connaître tous les contours. Mais il ne fait aucun doute que son cours sera intimement lié à celui de l'euro, d'où son appellation d'euro numérique par la BCE. Le but de l'institution n'est pas de créer une cryptomonnaie volatile, mais bien un instrument stable et contrôlé pour les échanges.

Qui pourra l'utiliser ?

De manière générale, les projets de monnaies virtuelles émises par des banques centrales (CBDC) comme l'euro numérique peuvent s'appliquer à deux cas d'usage :

  • L'euro numérique de détail : une devise européenne pour les consommateurs européens qui disposeraient d'un compte, parallèlement à la monnaie fiduciaire
  • L'euro numérique interbancaire : une devise utilisable entre les banques pour le règlement et la livraison d'actifs financiers

Différence avec le bitcoin ?

Tant que le fonctionnement officiel de l'euro numérique ne sera pas établi, la comparaison avec le bitcoin ne sera pas réalisable. Mais la BCE ne souhaite visiblement pas faire de l'euro numérique une cryptomonnaie comparable aux plus populaires du moment, que ce soit le bitcoin ou l'ethereum : les cryptomonnaies fonctionnent très majoritairement grâce à une blockchain décentralisée. Il s'agit de la philosophie à la naissance de cette technologie, à savoir le fait de refuser tout organe central de contrôle. Or, les CBDC sont de facto émises et contrôlées par des banques centrales.

Quels risques ?

Le principal risque mis en évidence par la consultation publique de l'automne 2020 est celui du respect de la vie privée. La création d'une monnaie entièrement numérique pose la question de la traçabilité des transactions et de l'anonymat. Sur ce point, l'euro numérique sera nécessairement moins anonyme que la monnaie fiduciaire utilisée jusqu'ici. "Les citoyens n'auraient pas envie qu'on tracke leurs dépenses, c'est très dangereux d'un point de vue démocratique", rappelle Alexandre Stachtchenko, directeur blockchain et cryptomonnaies chez KPMG France. La BCE devra réfléchir aux dispositifs à mettre en place pour contrecarrer les abus d'un traçage systématique des mouvements. "En cas de crise, les garde-fous n'existent plus. On pourrait se saisir d'une petite crise liberticide pour tracer les dépenses des gens sous couvert d'empêcher le financement du terrorisme", enchaîne-t-il.

A terme, l'utilisation généralisée d'un euro numérique peut laisser entrevoir une disparition des billets, des pièces, voire des chèques en euros. Quid de l'inclusion numérique des citoyens dans l'Union européenne ? La BCE devra répondre à la question de l'équipement numérique nécessaire au bon déroulé des transactions.

D'autres risques apparaissent sur le plan de la consommation : l'euro numérique sera-t-il payant ? La BCE se veut rassurante. Mais une limite sera imposée aux consommateurs pour éviter la fuite des épargnes des banques commerciales vers le compte ouvert auprès de la banque centrale. Une taxe est envisagée au-delà d'un certain seuil afin de dissuader les trop gros dépôts.

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