La technique des millionnaires pour ne jamais payer d'impôt sur le revenu est très simple et parfaitement légale
C'est un des paradoxes de ce début d’année 2026. Alors que les finances publiques sont sous pression, une enquête de la commission des finances du Sénat vient de lever le voile sur une réalité qui peut surprendre : en France, plus vous êtes riche, moins vous payez d'impôt sur le revenu, proportionnellement à ce que vous gagnez vraiment.
Dans le détail, en 2024, 13 335 foyers millionnaires (soumis à l'Impôt sur la Fortune Immobilière) n'ont pas payé un seul centime d'impôt sur le revenu. Comment est-ce possible, en dehors des cas atypiqques (par exemple la propriétaire d'une maison de famille à l'Ile de Ré qui ne touche qu'une petite retraite) ? Ce n'est pas de la magie, ni de la fraude, mais une mécanique bien huilée qui repose sur deux piliers.
Pour comprendre l'astuce, il faut oublier le concept de "salaire". Un ultra-riche ne possède pas ses actions directement ; il les loge dans une holding patrimoniale (une société qui possède d'autres sociétés).

Lorsqu'une entreprise opérationnelle réalise des bénéfices et verse des dividendes, ces derniers ne vont pas dans la poche du propriétaire, mais dans sa holding. Or; grâce au régime "mère-fille", ces revenus sont exonérés d'impôt sur les sociétés à hauteur de 95%.
Et tant que cet argent reste dans la holding, il n'est pas considéré comme un revenu pour l'individu. C'est ce qu'on appelle la thésaurisation. La holding devient une véritable "boîte à cash" familiale où des millions s'accumulent sans jamais déclencher la "flat tax" de 30% ou le barème progressif de l'IR. Voici donc notre premier pilier mis en place, mais le deuxième est tout aussi important, puisque c'est celui qui va permettre aux millionnaires de vivre.... comme des millionnaires, tout en empochant pas de revenus.
En effet, la question qui se pose ensuite est : si tout l'argent est bloqué dans la holding, comment ces millionnaires financent-ils leur train de vie (villas, voyages, voitures) ? C'est ici qu'intervient le crédit Lombard. Au lieu de se verser un salaire ou des dividendes (qui seraient taxés), le millionnaire demande à sa banque privée un prêt garanti par ses actifs. Le principe : Vous donnez vos titres (actions, assurance-vie) en garantie (nantissement). L'astuce fiscale : Un emprunt n'est pas un revenu. Si vous recevez 5 millions d'euros de la part de votre banque, vous disposez d'un pouvoir d'achat immense, mais votre revenu fiscal reste de 0 euro...
Face à cette "invisibilité fiscale", le gouvernement et les parlementaires ont introduit de nouvelles mesures dans le Projet de Loi de Finances 2026. L'article 235 ter C du CGI cible désormais les actifs somptuaires logés dans les holdings. Si une société possède un yacht, un jet privé ou une résidence secondaire mise à disposition des patrons, elle peut être taxée jusqu'à 20% de la valeur de l'objet.
De plus, en ce début d'année 2026, l'administration fiscale a lancé un croisement de données géant. L'objectif est de débusquer les holdings qui ne servent que de paravents. Avec l'élection présidentielle de 2027 en ligne de mire, la question de l'équité devant l'impôt n'a jamais été aussi brûlante. Le consentement à l'impôt des Français dépendra sans doute de la capacité de l'Etat à faire payer ces "13 335 millionnaires invisibles".