Gram, la crypto-monnaie anti-libra de Telegram

Gram, la crypto-monnaie anti-libra de Telegram Cette monnaie virtuelle, qui doit être lancée au printemps 2020 par la messagerie chiffrée, sera échangée via la blockchain TON.

Alors que la libra, le projet de crypto-monnaie porté par Facebook, fait face aux réticences de nombreux gouvernements et ne pourrait finalement pas voir le jour, celui de Telegram, lui, semble mieux parti. Même si son lancement a déjà été retardé. Ainsi, l'application de messagerie cryptée prévoyait de lancer le gram à l'automne 2019. Mais un mois avant le lancement, le gendarme financier américain, la SEC, a décidé de poursuivre la société russe pour ne pas avoir enregistré son ICO d'un montant de 1,7 milliard de dollars, aux Etats-Unis. Un tribunal new-yorkais a finalement interdit à Telegram d'émettre le gram avant la fin de la prochaine audience programmée en février 2020. Ce qui ferait donc un lancement au printemps de cette année.

Concernant les détails sur cette crypto-monnaie et la blockchain associée, TON blockchain, peu d'éléments ont fuité. Des rumeurs en tout genre on afflué poussant Telegram à faire une mise au point sur son blog début janvier 2020. L'application aux plus de 200 millions d'utilisateurs a tout d'abord rappelé l'objectif de sa crypto-monnaie : "Les grams seront complémentaires des monnaies traditionnelles, améliorant la vitesse, l'efficacité et la sécurité des transactions commerciales quotidiennes dans le monde."

Les caractéristiques du gram 

Le gram sera donc une crypto-monnaie, un token de paiement, qui sera échangé entre les utilisateurs au sein de l'écosystème TON. Ce ne sera donc pas un utility token (qui donne accès à un service) ou un security token (représentation digitale d'un actif financier). "Les grams ne sont pas des produits d'investissement et il ne faut pas s'attendre à des futurs profits ou des gains suite à l'achat, la vente ou la détention de grams", est-il indiqué dans le post de blog. "Ce ne sont pas des capitaux propres ou d'autres titres de propriété dans Telegram ou ses filiales." Ils ne donnent pas le droit à des dividendes ou d'autres droits de distribution, ni des droits à la gouvernance comme c'est le cas par exemple des tokens de la blockchain Tezos.

"Personne ne peut acheter ou vendre des grams avant notre annonce du lancement de TON Blockchain"

Pour le moment, il est impossible de se procurer des grams car la blockchain n'est pas encore lancée. Plusieurs exchanges et autres sites nébuleux proposent depuis plusieurs mois des préventes de gram… qui sont donc des scams. "Personne ne peut acheter ou vendre des grams avant notre annonce du lancement de TON Blockchain. Ne vous faites pas arnaquer", alerte la messagerie sur son blog. Elle a d'ailleurs mis en ligne un site web pour signaler les arnaques.

La blockchain TON

La blockchain TON, sur laquelle seront échangés les grams, est en encore beta. Sur son blog, Telegram rappelle qu'elle ne contrôlera pas le protocole une fois lancé. Le code de la blockchain sera open source et donc consultable par tous. Telegram sera un membre de la communauté comme les autres. C'est le même principe que sur Bitcoin et Ethereum qui sont tous deux maintenus par un ensemble de développeurs à travers le monde. En revanche, Telegram et ses filiales ne s'engagent pas à développer des applications ou features sur la blockchain TON après son lancement. "En fait, il est possible que Telegram ne le fasse jamais", est-il écrit sur le post de blog de janvier. Ce sera donc aux développeurs tiers de créer et implémenter des applications et smart contracts. A noter également qu'une fois la blockchain lancée, Telegram et ses employés pourront détenir des grams mais ne pourront pas valider les transactions de la blockchain TON. "Cette décision a été prise afin d'éviter toute ambiguïté sur le fait que Telegram ou ses employés puissent exercer un contrôle sur la blockchain TON après son lancement", est-il précisé sur le blog. 

Le wallet TON 

Telegram a révélé début janvier que le futur wallet TON ne sera pas intégré à l'application Telegram lors de son lancement. Et sera donc une application à part. Une façon de montrer que la société russe ne favorise pas son wallet et qu'il pourra être concurrencé par des wallets existants. Toutefois, la messagerie n'exclut pas l'intégrer plus tard en respectant "les lois applicables et les autorités gouvernementales."

Quelles sont les différences entre gram et libra ?

Les projets de Facebook et Telegram sont très différents sur plusieurs points. Leurs fondateurs respectifs le sont aussi. D'un côté, il y a un Mark Zuckerberk libéral et attaqué régulièrement sur la  gestion des données personnelles des utilisateurs de Facebook, de l'autre il y a Pavel Durov, libertarien et fervent défenseur de la protection des données personnelles. Cela donne donc lieu à deux projets crypto aux philosophies différentes. Le fonctionnement et les caractéristiques des deux monnaies sont aussi éloignées. La libra repose sur une blockchain "de permission", ce qui signifie que l'accès au protocole doit être validé par différents membres désignés alors que TON est ouverte à tous. 

"Aucune TON fondation ou autre entité similaire n'est prévue dans le futur"

Pour gérer la libra, Facebook a opté pour une association basée en Suisse composée (pour l'instant) d'une vingtaine de membres dont le réseau social lui-même. Telegram n'a pas créé d'association ou de fondation. "Aucune TON fondation ou autre entité similaire n'est prévue dans le futur", est-il indiqué sur le blog de la messagerie. 

Sur la monnaie elle-même, les deux projets ne se ressemblent pas du tout. La libra est un stablecoin, une crypto-monnaie stable adossée à un panier de devises. Le gram est une crypto-monnaie au même titre que le bitcoin.

Le bras de fer entre Telegram et la SEC

Comme expliqué plus haut, le gendarme financier américain poursuit la société russe pour ne pas avoir enregistré son ICO aux Etats-Unis. Telegram refuse de partager les états financiers de son ICO à la SEC. "Le refus des défendeurs de divulguer entièrement et de répondre aux questions sur l'allocation des 1,7 milliard de dollars qu'ils ont levés auprès des investisseurs est profondément troublant", a écrit la SEC dans un communiqué. Début janvier 2020, un tribunal new-yorkais a rejeté une demande de la SEC qui voulait obliger Telegram à divulguer ses dossiers bancaires. Malgré la décision du tribunal en faveur de Telegram, la société devra tout de même prouver que ses dossiers sont conformes aux lois étrangères sur la protection des données. 

Le dictionnaire de la cryptomonnaie